• Lady Seymour Dorothy Fleming

     

     

    J'ai passé un très bon moment sur Netflix en compagnie de Lady Seymour Dorothy Fleming, dans l'ambiance 18° de l'angleterre. C'est à la fin du film que j'ai appris que le personnage avait vraiment existé.

     

     

    J'ai voulu en savoir plus. La vérité est à peine plus fantasque ...

    C'est que j'ai trouvé ce qui suit, agrémenté de quelques photos.


    Née en 1758
    Morte le 8 septembre 1818 à Passy (France)
    Inhumée au Père Lachaise à Paris

    Portrait par Joshua Reynolds en 1775

    Seymour Dorothy Fleming était l’ainée des quatre filles d’un noble écossais, sir John Fleming 1er baronnet Fleming, résidant à Brompton Park (propriété située près de Londres) et de lady Jane Coleman. Elle naquit en 1758.

    Alors qu’elle n’a que cinq ans, son père meurt brutalement en 1763 ainsi que deux de ses jeunes soeurs. Dorothy et sa petite soeur Jane vont être élevées par leur mère à Londres jusqu’en 1770, date du remariage de lady Fleming avec un riche sexagénaire né à la Barbade, Edwin Lascelles, 1er baron de Harewood qui possède et embellit depuis une vingtaine d’années le superbe château de Harewood situé dans le West Hampshire. 

    A l’age de douze ans, Dorothy part donc vivre avec sa soeur à Harewood House et découvre un château meublé de toiles de maitres comme le Titien, Gainsborough et de meubles de style Chippendale. Les jardins sont aussi célèbres pour leur magnificence.

    Lord Edwin qui n’aura pas d’enfants de son mariage avec la mère de Seymour Dorothy considère ses belles filles comme ses filles : il est fier de leur beauté et compte bien les marier à de riches partis. Mais si Jane la cadette est d’un caractère doux et effacé, Seymour Dorothy a un tempérament capricieux et impétueux. Elle ne supporte pas qu’on lui dise non ! Lorsque lord Harewood lui interdit d’aller à un bal à Leeds, elle emprunte une carriole et s’y rend toute seule afin de profiter de la fête ! Elle a à peine quinze ans et déjà, le scandale est à ses trousses.

    Sa mère et son beau père la tancent vertement mais Seymour n’en a cure. Elle est déjà secrètement amoureuse d’un beau militaire qu’elle a entrevu à Harewood House et n’a plus qu’une idée en tête : l’épouser ! L’élu de son coeur n’est pas un mauvais parti, il est le 7ème baronnet de Worsley, a belle mine, mais n’a qu’un an seulement de plus que Seymour : il se sent capable de dompter la fougue de la jeune fille, qui outre sa beauté, est dotée d’une superbe dot puisqu’elle est co-héritière avec sa soeur Jane, du domaine de Brompton Park (qui appartenait au défunt lord Seymour).

    Lord Harewood finit par donner son consentement à ce mariage et à l’age de dix sept ans, le 20 septembre 1775 à Londres, Seymour Dorothy Fleming épouse sir Richard Worsley 7ème baronnet de Worsley.

    Son beau père supervise le contrat de mariage réitérant le fait que la jeune femme est héritière d’un domaine de 56 000 livres, que 3 000 livres seront délivrées pour établir son trousseau et acquérir des bijoux, qu’une maison à Westminster doit être achetée pour l’usage du jeune couple après le mariage, qu’elle recevra une annuité personnelle de 400 livres par année pendant son mariage, et un douaire de 2 000 livres si son mari devait mourir avant elle.

    Le jeune couple acquiert le 30 Grosvenor Place à Londres et lord Worsley obtient peu après ses entrées à la cour. Quant à Seymour Dorothy, elle donne naissance à son premier enfant, un fils, Robert Edwin le 25 aout 1776. La vie de cour s’organise et la beauté et la grâce de Seymour Dorothy fait rage à la cour du roi à St James Palace.

    En 1776, son mari est si fier de sa beauté qu’il commande un portrait de sa femme au peintre le plus en vogue du moment : Reynolds. Celui-ci peindra la jeune femme en tenue équestre aux couleurs du régiment de son mari. Il peindra aussi en même temps un portrait de sa soeur Jane, qui va bientôt devenir lady Harrington en 1779.

    La position du couple s’améliore à la cour et en 1780, lord Worsley obtient le titre de contrôleur de la maison du roi Georges III. Il y fait des merveilles, mais lord Worsley n’aime pas la Cour, c’est un diplomate dans l’âme et il demande auprès du roi un poste de gouverneur.

    Georges III accepte de lui confier l’ile de Wight et lord Worsley apprend à Seymour Dorothy qu’ils vont quitter temporairement Londres pour cette île du sud de l’Angleterre qui va bientôt ressembler à une prison pour Seymour. Le couple s’installe à Appuldurcombe House, résidence des gouverneurs de l’ile

    Malgré la naissance de sa fille en aout 1781, lady Worsley se morfond sur cette ile où tout se sait et où chacun épie ses voisins. La petite société de l’ile de Wight n’a rien à voir avec la Cour et ses fastes : la seule distraction ce sont les bals que l’on donne en l’honneur de la milice du Hampshire constituée de beaux militaires en uniforme. Et parmi eux, il y a le flamboyant capitaine George Maurice Bissett. Il vient souvent prendre ses repas à Appuldurcombe House et se lie bientôt d’amitié avec lord Worsley.

    Lady Worsley le trouve charmant et bientôt devient sa maitresse. Mais l’île est petite et les deux amants ne sont pas discrets. Lord Worsley découvre le pot aux roses et entre dans une rage noire contre sa femme, mais aussi contre Bissett, qui est son meilleur ami.

    Contre toute attente, il entend bien rendre publique son humiliation et intente un procès à son rival le 22 février 1782 réclamant 20 000 livres de dommages pour le motif que le capitaine Bissett a eu des « criminal conversations » avec lady Worsley. Le scandale est énorme : la presse de l’époque s’en empare et les caricaturistes se font une joie de portraiturer lady Worsley nue en train de prendre un bain, espionnée d’une fenêtre par son amant juché sur les épaules de son mari.

    Car dès le départ, les juges soupçonnent le mari d’avoir facilité la liaison du capitaine Bissett avec sa femme. Pourquoi ? Pour des raisons d’argent essentiellement, le couple Worsley vit en dehors de ses moyens financiers et lord Worsley a besoin d’argent. Il n’a même pas pu régler le peintre Reynolds qui a fait le portrait de sa femme et le sien, il a fallu que le beau père de Seymour règle celui-ci (en échange, il conservera les portraits à Harewood, là ou on peut toujours les contempler de nos jours).

     De plus, lord Worsley ne peut toucher à l’héritage de Seymour Dorothy qui détient toujours l’héritage de son père (Brompton Park), mais il entend bien soutirer de l’argent à son rival. Or, celui-ci va se défendre becs et ongles, et les pamphlets vont s’en donner à coeur joie trainant lady Worsley dans la boue : elle aurait eu 27 amants pendant le laps de temps de son mariage (sept ans) et aurait mené une vie de débauche, aidée en cela par son mari qui aurait monnayé ses faveurs. On lui colle l’étiquette de « prostituée ».

    Les feuillets du procès Worsley s’arrachent à Londres et chacun dévore avidement les derniers détails sordides du procès. La vie privée de Lady Worsley va être disséquée : les lecteurs apprendront qu’elle se faisait soigner pour une maladie vénérienne en 1780 (le docteur qui la soigna alors vint témoigner) et voici les questions que le juge posa à l’un des visiteurs des Worsley sur l’île de Wight (le marquis de Graham) :

     Juge : quelles furent vos observations concernant le comportement et l’apparence de lady Worsley à l’époque où vous fréquentiez sa maison ?

    Réponse du marquis de Graham : elle était gaie, vivante et très libre dans son comportement.

    Juge : est ce que son comportement reflétait l’attitude d’une femme mariée et par conséquence modeste.

    Réponse du marquis de Graham : je ne le pense pas.

    Le procès se terminera en concluant que lord Worsley est responsable du comportement indécent de sa femme, comportement dont il était au courant n’hésitant pas à l’occasion à prostituer sa femme. Le plaignant sera débouté de l’indemnisation de 20 000 livres. Il recevra par contre une indemnisation de un shilling !

    Les éclats de rire qui accompagnent les conclusions de ce jugement va pulvériser en éclat la carrière toute naissante de lord Worsley. Quant à Seymour Dorothy, elle est partie trouver refuge chez son beau père à Harewood avec ses deux enfants, profondément mortifiée et humiliée. Elle ne revoit pas son mari, celui-ci quitte l’Angleterre pour un voyage interminable à l’étranger de 1783 à 1787 : Espagne, France, Italie, Malte, Crète, Grèce, Egypte, Turquie, Russie, Autriche… Quant au capitaine Bissett, il demande et obtient une mutation à l’étranger.

    Lorsque lord Worsley revient en Angleterre en 1788, il demande la séparation avec lady Worsley et se met en ménage avec une certaine Sarah Smith qu’il loge dans un cottage près de Londres.

     Dès lors Dorothy Seymour va, avec l’aide de son puissant beau père, lord Harewood, intenter procès sur procès à son époux afin de récupérer l’argent qui lui revient. Elle l’obligera à vendre des terres afin de récupérer son dû. Si lady Worsley ne peut plus se permettre d’avoir une vie sociale à Londres : la haute société l’évite et la snobe, son mari va au contraire connaître un regain de vie publique et sera en 1793 ministre anglais à Venise en Italie.

    La séparation n’empêche pas Seymour Dorothy de se rendre fréquemment en France et notamment à Paris, ville dont elle est tombée amoureuse. Ici, le scandale n’a pas trop eu de répercussions et elle peut ouvrir un salon où les émigrés anglais aiment à se retrouver. Elle partage sa vie avec un suisse de Genève, Jean Louis Cuchet.

    En 1795, elle a le malheur de perdre son fils, Robert Edwin, qui meurt à dix neuf ans de maladie. Ce dernier l’avait toujours épaulée et soutenue dans sa solitude, l’enfant née en 1781 étant morte, très tôt, elle aussi.

    Le 5 août 1805, Seymour Dorothy apprend la mort de son mari lord Worsley ; deux mois plus tard, en octobre, elle épouse son amant Jean Louis Cuchet. Après son mariage, celui-ci va demander et obtenir la nationalité britannique et changer son nom en John Lewis Fleming. Seymour Dorothy porte donc maintenant son nom de jeune fille en tant que femme mariée, elle devient lady Fleming. Comme elle n’a plus d’enfants, elle fait de son mari l’héritier de Brompton Park. Son salon à Paris rassemble de nombreux intellectuels qui viennent contempler cette femme d’une cinquantaine d’années qui y rayonne par son intelligence et sa beauté ; le scandale semble loin maintenant et le nom de lady Worsley ne suscite plus de chuchotements ironiques.

    En 1818, Seymour Dorothy Fleming, lady Fleming, agée de soixante ans meurt à Paris. Son mari sera fait baron par Louis XVIII en 1821 et se remariera avec la fille d’un comte français. Il mourra lui aussi à Paris en 1836 laissant tous ses biens à sa fille Césarine Aimable Louise Fleming qui épousera en 1841 un baron suisse Denis Bernard Fredéric baron de Graffenried et qui sera l’héritière de Brompton Park.

    Ne reste plus de lady Worsley que le splendide portrait que Reynolds fit d’elle lorsqu’elle avait dix huit ans. Il est toujours visible à Harewood House (demeure de son beau-père) où chacun peut contempler la beauté et la grâce de cette jeune femme détruite par un scandale, mais qui finit par relever la tête et trouver le bonheur.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 8 Avril 2017 à 09:12

    Angelique, Marquise des Anges n'a qu'a bien se tenir, la concurrence est réelle elle

    LOL

      • Samedi 8 Avril 2017 à 15:16

        Tu as carrément raison, d'autant que Natalie Dorman est aussi blonde que Michèle Mercier est brune et beaucoup moins pulpeuse et sensuelle qu'elle mais elle est absolument craquante et ravissante (renversante, quoi ! )

    2
    Samedi 8 Avril 2017 à 13:37

    Coucou, ça à l'air pas mal , mais faut pas nous raconter l'histoire, sinon cela n'a plus de charme, hihihi; ici super soleil je vais aller bronzer un peu sur la terrasse; Bisous.

    yyeutes le  site web inscrit....yes

      • Samedi 8 Avril 2017 à 15:17

        Le site web inscrit ? Où ça ?

        Non mais pour le film, ne t'inquiète pas. Il s'appuie sur les faits réels, mais l'inspiration est relativement libre. Je n'ai rien spoilé du tout. C'est pas mon genre.

    3
    Samedi 8 Avril 2017 à 15:50

    Oups j'ai oublié...http://politiquementincorrect.eklablog.net/

      • Samedi 8 Avril 2017 à 16:03

        Ah bin j'en viens, tiens ! Je viens juste de claquer la porte.

    4
    Lundi 10 Avril 2017 à 08:52

    Thanks pour l'histoire de la dame.

    c'est con, y'a des vies dont on ne se rend compte de la force que quand elles ont disparu...

      • Lundi 10 Avril 2017 à 12:43

        Jolie phrase.
        Le film est très bien. J'ai pas spoilé, hin ? Rassure moi.

      • Mardi 11 Avril 2017 à 12:31

        bin je sais pas si t'as spoilé : j'ai pas vu le film ! 

         

      • Mardi 11 Avril 2017 à 16:31

        Bah ! qui c'est qui dort, ici !?
        Suite à ce post, as-tu l'impression d'avoir vu le film ?

      • Mardi 11 Avril 2017 à 16:45

        au début j'ai cru que... mais je me suis souvenu que tu ne spoliais pas et que t'aimais pas trop ça. (ou alors tu prévenais).

        Donc non j'ai pas eu l'impression de voir le film.

      • Mardi 11 Avril 2017 à 17:25

        Oui, c'est vrai : je déteste les gens qui racontent tout d'un livre ou d'un film sans laisser à celui qui n'a pas vu ou lu le plaisir de la découverte. Et en plus je suis soit film, soit livre. Si je lis, j'ai tendance à ne pas aller voir le film et réciproquement, une fois que j'ai vu un film je ne suis pas intéressée à lire le livre. Ici, j'ai découvert le film, que j'ai trouvé d'autant plus intéressant quand j'ai appris qu'il était tiré de la vie d'un vrai personnage. Je suis fan de biographies. Alors je suis allée fouiner sur Wiki. Mais pour autant, je n'irai pas lire de livre.

        Bon enfin bref voilà. Trop longue réponse. Mais le com de Miss Bougeotte me titillait un peu. J'avais peur d'avoir enfreint mes règles.

        C'est que je n'ai qu'une parole, moi Madame !

    5
    Lundi 10 Avril 2017 à 15:46

    Etre libre en ces époques là te valaient de suite d'être cataloguée. Et si tu étais un homme, tu n'avais pas le même regard. POur ce qui est de sa vie, je dis juste, mais foutez lui la paix, non mais ho.

      • Lundi 10 Avril 2017 à 16:24

        Bin en fait, on n'est pas certain que ce ne soit pas son mari qui l'ait prostituée.
        Carrément.

        C'est évoqué mais on sait pas trop. Il n'y a que le doute.
        C'est pour cela (je pense) que le film aborde le sujet légèrement différemment.

    6
    Mardi 11 Avril 2017 à 12:38

    tiens j'ai vu une bande annonce sur une chaine anglaise que je regarde

    prochainement ce film va passer (29 avril 2017 a 22 heures, heure de Paris) 

    je regarderai donc

     

    https://drama.uktv.co.uk/shows/the-scandalous-lady-w/

     

     

      • Mardi 11 Avril 2017 à 17:20

        Ah chouette ! Tu reviendras dire ce que tu en as pensé ?

        Je viens d'en voir un autre, très bon, asiatique sous titré en GB, ça c'est chiant mais comme le film est très bon ...

        Je vous fais la pub dans un prochain billet ... il passera peut-être aussi à la télé.

    7
    Mercredi 26 Avril 2017 à 21:11

    Je lis pas, j'ai envie de regarder ;-)

    8
    Samedi 29 Avril 2017 à 18:34
    C'est ce soir a 22h
    Heure de Paris que la tele anglaise diffuse ce film
    Je vais le decouvrir donc


    Commentaire ecrit par mobile
    et c est pas pratique
    Par Toutatis
    9
    Lundi 1er Mai 2017 à 10:58

    merveilleux film, superbes images pour un triste destin que celui de cette femme

    j'ai absolument adoré cette chronique de la vie d'une pauvre lady face a son goujat de mari

    et le pervers qu'il était, parfois on decouvre le vrai visage de personne apres bien des mois, des jours

    la pauvre, enfin elle s'en est sorti c'est l'essentiel

     

    la BBC sait faire des bonnes oeuvres télévisées,

    l'actrice que j'aime bien, a joué un role important dans la serie "Game Of Thrones"

     

    et hier c'etait le sulfureux roman "L'amant de Lady Chatterley" qui a été diffusé,

    en version soft pour la television, n'est ce pas

    car c'est le roman qui decrit les amours assez crument

    aussi bien fait et superbe que cette lady W, et encore un acteur de "Game Of Thrones" qui joue l'amant

      • Mardi 2 Mai 2017 à 13:31

        C'est super gentil d'être revenu commenter et je suis contente si tu as aimé, même si je ne touche pas de commission.  :-)

        C'est fou, n'est-ce pas, ce que cette femme a fait par amour. Heureusement qu'elle était volontaire, c'est ce qui lui a permis de s'en sortir, non ?

        Je n'ai jamais vu Game of Thrones, je ne sais pas pourquoi. Mon fils n'arrête pas de me dire que j'adorerai, qu'il faut que je regarde, mais ça ne me dis rien. Je crois que je n'aime pas le titre, c'est aussi bête que ça. Je n'ai jamias vu Lady Chatterlay, je me souviens n'être jamais arrivée à lire le livre en entier, je m'y était ennuyée à mourir. Peux tu croire ça ? ... C'était il y a au moins trois décennies ... Il faudrait que je réessaie, avec la maturité, peut-être que je verrai les choses différemment.

        Merci pour ton commentaire.

         

         



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